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Entretien avec Natasha Woodworth, designer Patagonia

Entretien avec Natasha Woodworth, la designer à l’origine du nouveau kit de ski de randonnée Patagonia.

Patagonia s’est toujours intéressée au ski de randonnée, mais ce kit est le premier conçu spécialement pour cette discipline. Peux-tu me dire d’où t’est venue l’idée du backcountry touring kit ?

En février 2018, j’ai fait un voyage en Europe, à St Anton, Garmisch et Chamonix, avec Glen, qui dirige le service innovation produit de Patagonia. C’est là que j’ai vraiment découvert la scène européenne du ski de randonnée… et j’ai été vraiment impressionnée. J’ai toujours aimé la culture de la montagne en Europe, que j’ai pu vivre grâce à mon expérience en ski alpin. Mais voir tous ces gens randonner à ski m’a vraiment inspirée, aussi bien ceux qui chaussent leurs skis après le travail que ceux qui partent plusieurs jours et dorment en refuge. 
Clément, qui dirige le service merchandising produit pour l’Europe, a joué un rôle essentiel dans cette collection, en nous répétant sans cesse qu’il fallait que nous créions des produits pour la communauté européenne du ski de randonnée. C’était vraiment facile une fois que nous avons vu ce qui se passait en Europe, et que nous avons rencontré ceux que nous voulions aider à vivre des aventures en montagne à la force des jambes et des bras. C’est exactement l’esprit de Patagonia, cela a donc été facile de revenir de ce voyage en Europe et de fabriquer des équipements pour eux !

Que t’as apporté ce premier voyage en Europe ?

À notre retour, nous avons principalement travaillé sur la coupe et l’articulation, avec l’équipe et dans la “Forge”, notre centre de recherche et développement. Morgan, qui a développé ce projet, est notre héroïne discrète, parce qu’elle a trouvé la coupe parfaite, et tout ce qui était spécifique au skieur de randonnée européen. Le processus s’est fait en grande partie en interne. Nous avons réalisé tous les patrons et notre première série de prototypes ici. Nous sommes ensuite allés en Amérique du Sud pour tester les premières idées. Nous avons pu revenir en sachant ce qui fonctionnait, et ainsi développer des prototypes : toutes les combinaisons de tissus et de coupes à faire tester par de nombreuses personnes. Cela nous a permis de bien nous préparer au grand voyage de tests en Europe en 2019 !

Peux-tu nous présenter brièvement la collection et ce qu’elle offre ?

Nous avons conçu deux kits : l’Upstride, une softshell pour les expéditions rapides en montée, et la Stormstride, un kit shell entièrement imperméable pour les météos difficiles et les longues journées en montagne. Le kit softshell est doté de deux tissus tricotés très respirtants qui sont soudés ensemble pour le confort. L’extérieur sert de protection et le renfort est ultra-doux, avec un motif embossé très agréable contre la peau.  
Ce tissu est innovant, très extensible, avec deux niveaux de respirabilité. Nous avons découvert, au fil des tests, que le tissu ultra-respirant que nous utilisons pour les vestes était trop froid pour les pantalons. Mais en haut, il est parfait pour les montées ! 
C’était amusant de créer la softshell Upstride parce nous avons ré-interprété l’essence d’une softshell traditionnelle, alors que depuis les années 1980, le marché se concentre principalement sur les styles lourds et encombrants.
Le kit imperméable Stormstride est doté d’un renfort fin très agréable et très extensible qui n’entrave aucun de vos mouvements et vous procure un grand confort tout au long de la journée. L’extérieur des trois couches est en nylon 100 % recyclé, avec deux grandes poches poitrine pour ranger ses peaux et une jupe discrète pour éviter que la neige ne s’infiltre. 
Le pantalon a une nouvelle coupe au niveau des chevilles pour se porter sur un large éventail de chaussures de ski, et des fermetures à pression pour les resserrer quand vous portez des crampons. Nous avons aussi rationalisé la coupe au niveau de la taille pour y intégrer un nouveau système de ceinture peu encombrant.

Trois ans (et peut-être plus) : pourquoi le développement de cette collection a-t-il pris autant de temps ?

C’est à cause des tests : nous y avons passé beaucoup de temps parce que c’était un nouveau marché pour nous et que nous voulions bien faire. Tout a commencé à Chamonix ! Ce premier voyage a eu lieu il y a presque trois ans, puis nous sommes revenus et avons fabriqué des choses pour le second voyage. Il nous a fallu beaucoup de temps pour créer encore plus de prototypes pour notre voyage suivant en Europe. Donc, oui, les tests se sont enchaînés tout au long du processus !

Quelle est ton ambition pour le kit ?

J’espère que, quand les gens le porteront, ils auront l’impression que le produit accompagne chacun de leurs mouvements : la coupe est vraiment faite pour les suivre en montée. Je suis fière que les softshells soient vraiment différentes, et que nous ayons apporté des innovations techniques à ce que pourrait être une softshell traditionnelle. 

Donc en 2019, tu es retournée en France et en Autriche pour un dernier voyage de recherche en Europe avec les prototypes. Quelle est l’histoire de ce voyage ? 

J’étais déjà allée en Europe, puisque je skiais en compétition, mais on se déplaçait tous les jours et on n’avait pas beaucoup de temps pour s’imprégner de l’ambiance de chaque lieu. C’était donc agréable d’y aller avec l’équipe sports d’hiver de Patagonia et de voyager un peu.  Nous avions des tonnes de prototypes et de tissus à tester : des vestes avec différences configurations de poches ou de capuche… nous avions un grand sac de prototypes à tester chaque matin. 
Le voyage a commencé sur les chapeaux de roue : nous sommes arrivés dans une petite ville de montagne, en Allemagne, et tout le monde a mis sa lampe frontale et s’est équipé. On a tout de suite compris la culture. Cela ne se passe pas comme ça en Amérique du Nord, arriver après le travail, enfiler ses chaussures de ski et ses peaux, et monter au sommet pour passer la soirée entre amis dans un refuge. Cela nous a mis dans le bain, et nous avons pu comprendre immédiatement comment le ski de randonnée s’intégrait à la vie des habitants. C’était le début, puis nous sommes allés dans les Dolomites en Italie, où les journées étaient plus longues et où nous avons vu différents types de ski de randonnée, beaucoup de familles partout, c’était vraiment cool. 
Nous avons terminé à Chamonix, où il y a davantage de freeride, et où nous avons pu vraiment mettre le Stormstride à l’épreuve. Nous avons commencé avec l’Upstride, en faisant des tours rapides et intenses après le travail, puis nous avons apporté le Stormstride à Chamonix, pour des journées plus longues, avec des nuits en refuge. Nous avons pu voir toute la gamme en Europe et nous avons été époustouflés par la quantité de personnes qui randonnaient. 
Cette première nuit en Allemagne a été vraiment spéciale, parce que c’était une véritable expérience culturelle que de se réunir dans ce refuge, avec une soupe et un bretzel. J’ai l’impression que c’était un bon exemple de la manière dont le ski de randonnée fait partie de la vie en Europe. Ce n’est pas un simple voyage que l’on fait, un vol en avion pour pratiquer pendant les vacances, mais une activité du quotidien, qui fait partie de la culture de la montagne. 

En travaillant à Ventura, en Californie, qu’est-ce qui t’intéresse dans la scène européenne du ski de randonnée ? 

Aux États-Unis, en ce moment, tout le monde passe du temps en plein air. En Europe, j’ai vraiment été inspirée par la richesse de cette discipline et les différents profils de skieurs, des enfants en bas âge et des familles jusqu’aux pratiquants acharnés, qui skient à fond toute la journée. C’est la même dynamique : faire sortir les gens en montagne pour apprécier la nature. Pouvoir apporter un peu de cette énergie et de cet enthousiasme en Amérique du Nord serait génial, et je pense que c’est déjà en train de se produire.

Raconte-nous un peu où tu as grandi, et comment tu t’es mise au ski de randonnée ?

J’ai grandi sur la côte Est, et quand nous randonnions, il n’y avait pas de risque de d’avalanche, parce que c’étaient de petites montagnes peu enneigées. J’ai dû me mettre à l’aspect « scientifique » de la neige quand j’ai déménagé dans l’Ouest. C’est ce qui m’a impressionnée en Europe, de voir combien la sécurité, et la connaissance des conditions météo et d’avalanche étaient une seconde nature pour beaucoup. 
Mes parents avaient des peaux et faisaient des balades dans les bois, donc je les accompagnais. Puis j’ai eu la chance, en travaillant chez Patagonia, d’avoir d’excellents mentors, comme Glen, et Linden, mon collègue du ski alpin, qui a été guide très longtemps. Je skie avec lui, et j’apprends aussi beaucoup de lui, en l’observant. 
Je pense qu’il est très important d’avoir des mentors, et j’ai eu la chance de rencontrer des personnes qui aiment enseigner et apprendre, comme Zahan Billimoria (voir son nouveau film Solving for Z ici) et nos autres ambassadeurs, qui se passionnent pour l’aspect sécurité du ski de randonnée. J’ai vraiment eu la chance de côtoyer beaucoup de personnes formidables qui m’ont appris beaucoup de choses, et notamment à rester curieuse et à toujours apprendre !

Nous passons tous beaucoup plus de temps à la maison. Selon toi, que peut-on attendre pour la saison à venir ?

Rester dans sa région et explorer les montagnes à proximité : on peut aller loin en comptant uniquement sur ses jambes et ses muscles ! 


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